07/09/2008Plantations
Je remarque que l'informatique adopte de plus en plus ouvertement l'usage du vocabulaire horticole.
Maintenant que les bogues infectent la racine de l'arborescence des fichiers, faut pas s'étonner d'avoir surtout des pépins avec un ordi planté.
02/09/200831/08/2008Rentrée
Il en va des souvenirs de vacances comme des fruits d'été. A la belle saison, on aime à les ramasser, à les engranger, à les mettre en boîte ou en bocal, avant de les ranger soigneusement sur les étagères de notre mémoire. Un jour, au creux de l'hiver, quand ils seront bien confits dans leur jus, on les tirera de leur oubli pour les déguster seul ou les partager avec des proches, pour retrouver un peu de leur saveur et de leur parfum, en sachant bien que rien ne pourra jamais égaler la fraîcheur et l'éclat du fruit juste cueilli.
Avant Après
Ah, l'amûûûûûr, même en confiture, même longtemps après, on s'en délecte encore.
17/08/2008Piste de l'Ourcq
Ballade paisible et rafraichissante à seulement 20 kms du centre de Paris.
16/08/200814/08/2008Heureux qui, comme Ulysse...
Ce que je trouve fascinant à Rome, c'est le chaos apparent qui règne en maître sur l'architecture urbaine. La moindre façade d'immeuble est un formidable livre d'histoire, les strates de trois millénaires s'y chevauchent à en donner le tournis. Et cependant, en y regardant de plus près, tout est agencé selon un ordre précis et minutieux, qu'on ne saurait modifier sans provoquer des catastrophes : ce fût de colonne antique est parfait pour soutenir le linteau de ce palais renaissance ; et sans ses imposantes fondations en brique datant de l'époque impériale, cette église n'aurait sans doute pas survécu à on ne sait combien de remaniements.
Pour un peu, on croiserait les fantômes échappés d'un glorieux passé dans les petites ruelles autour du Panthéon. Cet homme barbu, au traits burinés, qui propose avec gouaille les services de sa calèche aux touristes fortunés, n'était-il pas conducteur de char dans une autre vie ? Et ces jeunes choupinous bronzés, musclés et rigolards, on jurerait des gladiateurs se rendant au Colisée pour l'entraînement…
Ainsi va le théâtre romain ; certes les pétarades des vespas ont remplacé le vacarme des charrettes à cheval, mais les cabaretiers et les marchands de rue vocifèrent comme jadis pour faire venir à eux les visiteurs, hébétés par l'exubérance désordonnée de cette ville aux mille visages.
Heureusement, il y a le bruissement du vent à travers les cyprès du Palatin et la glace à la figue de l'excellent glacier de la place Farnèse pour se remettre de ce tourbillon d'émotions.
11/08/200810/08/200831/07/2008Plages exotiques
D'accord, ça a l'air un peu moins sexy que ce qu'on peut trouver par exemple ici, mais pour le dépaysement balnéaire, on n'a pas trouvé mieux. Ce lac d'éthane liquide, grand comme le lac Ontario, vient dêtre photographié par la sonde Cassini, en orbite autour de Titan, le plus gros satellite de Saturne. C'est la première fois qu'on découvre une étendue liquide sur un corps céleste, autre que la Terre.
Avantage : tranquillité garantie. Inconvénient : pour faire trempette, il faudra attendre un peu, la température est de –184°C.
Avignon off 2008
Dur, dur, de se faire une petite place dans cette jungle.
29/07/2008Cette obscure clarté...
Ciel ! Une ourse ! 24/07/2008La route
Ca faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas arraché des larmes, ni bouleversé à ce point.
Après l'apocalypse, il ne reste rien, que nuit, brouillard et cendre. Toute vie animale ou végétale a disparue. Seuls quelques humains, miraculés ? - ou condamnés à l'enfer. Un père et son fils errent à pied sur la route, à la recherche d'une improbable contrée plus accueillante, d'un hypothétique refuge - mais à la recherche de quoi au juste ? Depuis combien de temps ? Des mois ? Des années ? Rien à manger, à part les miettes épargnées par les pillards. Pas un rayon de soleil à qui sourire, seulement la pluie et le froid glacial. Ils n'ont même plus de nom, lui c'est "l'homme" et l'autre "le petit". Ils croisent des rôdeurs hagards et dépenaillés, des moribonds affamés, des voleurs sans pitié, des assassins anthropophages. Peur. Méfiance. Paranoïa. Aucun répit, le danger est partout, tout le temps.
Ce qu'il reste de l'humanité est livré à sa propre barbarie, cette barbarie qui est là, tapie en nous, prête à se réveiller et à se déchaîner dès qu'on baisse la garde.
Terrifiant et désespérant. C'est même au-delà de la désespérance. On ne sait plus pourquoi vivre plutôt que mourir, on marche, c'est tout. On se laisse couler en accompagnant les tribulations misérables de cet homme et de cet enfant, dans un univers absurde où la seule lueur d'humanité reste le lien qui les unit.
Certes le sujet n'a rien d'orignal. Mais peu importe. C'est l'écriture incisive, violente, qui donne à ce roman sa charge émotionnelle et sa puissance tragique. Dialogues minimalistes, phrases serrées, ciselées d'images d'une poésie brutale, Cormac McCarthy est décidément à classer parmi les grands auteurs de ce siècle. Au passage, chapeau pour le travail du traducteur (François Hirsch).
Ames sensibles s'abstenir. Vous êtes prévenus.
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Quelques extraits :
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Il fit halte et se retourna vers le petit. Il s'était arrêté et attendait.
Tu crois qu'on va mourir, c'est ça ?
J'sais pas.
On ne va pas mourir.
D'accord.
Mais tu ne me crois pas.
J'sais pas.
Pourquoi tu crois qu'on va mourir ?
J'sais pas.
Arrête de dire j'sais pas.
D'accord.
Pourquoi tu crois qu'on va mourir ?
On n'a rien à manger
On va trouver quelque chose.
D'accord.
Combien de temps tu crois qu'on peut tenir sans manger ?
J'sais pas
Mais combien de temps à ton avis ?
Peut-être quelques jours.
Et qu'est ce qui arrive après ? On tombe mort d'un seul coup ?
Oui
Eh bien non. Ca prend longtemps. On a de l'eau. C'est le plus important. On ne tient pas très longtemps sans eau.
D'accord.
Mais tu ne me crois pas.
J'sais pas
Il ne le quittait pas de yeux. Debout dans la neige les mains dans les poches du veston rayé trop grand pour lui.
Tu crois que je mens ?
Non
Mais tu crois que je pourrais mentir quand tu me demandes si on va mourir.
Oui
D'accord, je le pourrais. Mais on ne va pas mourir.
D'accord.
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Vous ne pouvez pas venir avec nous, vous le savez, dit l'homme.
Il opina du chef.
Depuis combien de temps êtes vous sur la route ?
J'ai toujours été sur la route; On ne peut pas rester au même endroit.
Comment faites vous pour vivre ?
Je continue, c'est tout. Je savais que ça allait arriver.
Vous saviez que ça allait arriver ?
Ouais. Ca ou quelque chose comme ça. Je l'ai toujours cru.
Avez-vous essayé de vous y préparer ?
Non. Qu'est ce que vous auriez fait ?
J'en sais rien.
Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n'ai jamais cru à ça. Le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. Le lendemain ne savait même pas qu'ils existaient.
Sans doute que non.
Même si on avait su quoi faire on n'aurait pas su quoi faire. On n'aurait pas su si on voulait le faire ou pas. Supposez que vous soyez le dernier qui reste ? Supposez que vous vous soyez fait ça vous-même ?
Vous souhaitez mourir ?
Non. Mais je pourrais souhaiter être mort. Quand on est en vie on a toujours ça devant soi.
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Les jours se traînaient sans date ni calendrier. Le long de l'autoroute au loin, de longues files de voitures carbonisées en train de rouiller. Les jantes nues des roues enfoncées dans une boue grise de caoutchouc fondu, dans des anneaux de fil métallique noirci. Perchés sur les ressorts nus des sièges, les cadavres incinérés et rapetissés de la taille des enfants. Dix mille rêves dans le sépulcre de leurs cœurs passés au gril. Ils continuaient. Marchant sur le monde mort comme des rats tournant sur une roue. Les nuits d'une quiétude de mort et plus mortellement noires. Si froides. Ils parlaient à peine. Il toussait sans cesse et le petit le regardait cracher du sang. Marcher le dos voûté. Sale, en haillons, sans espoir. Il s'arrêtait et s'appuyait contre le caddie et le petit continuait puis s'arrêtait et se retournait et l'homme levait les yeux en pleurant et le voyait là debout sur la route qui le regardait du fond d'on ne sait quel inconcevable avenir, étincelant dans ce désert comme un tabernacle.
21/07/2008Eldorado
D'entrée, on est dans un registre insolite et foutraque : un solide gaillard, ours bourru et solitaire, fait ami-ami avec son jeune cambrioleur, après avoir hésité à lui fracasser le crâne à coup de barre de fer. Et les voilà partis à l'aventure sur les routes de Belgique, dans un road-movie déjanté (parfois au sens propre), où les cabots tombent du ciel, les collectionneurs de voitures anciennes s'avèrent être d'inquiétants psychopathes nécrophiles, et les conducteurs de camping-car se balladent à poil et s'appelent Alain Delon… Tout un non-programme.
Ces séquences hilarantes sont rythmées par les longues traversées silencieuses, plans larges sur le paysage, avec musique adéquate, sauf qu'en lieu et place des larges horizons déserts du midwest américain, la caméra balaye le ciel (si bas), les nuages (qui rient ou qui pleurent), les forêts de sapins (noirs et embrumés), la terre wallonne (grasse et humide), ou les faubourgs des villes industrielles (glauques, forcément glauques).
Ils sont à la poursuite de leur histoire, de leurs regrets, de leurs blessures, en quête d'un impossible Eldorado, celui d'une famille qu'ils auraient aimé avoir, d'un frère qu'ils n'ont plus, d'un peu de compassion et de chaleur humaine, tout simplement. Seul passage du film qui m'a moins convaincu : un couplet un peu forcé sur la valeur supérieure des liens familiaux. Cela mis à part, c'est drôle, poétique, émouvant, terriblement noir, tout à la fois. Ca se laisse voir et on en sort réjoui et vaguement déstabilisé.
Deux solitudes qui se frôlent sans jamais se rencontrer vraiment. C'est un scénario qu'on connaît tous, non ?
18/07/2008Koi k'esse ?
On se demande parfois si c'est l'homme qui imite la nature, ou la nature qui imite l'homme.
16/07/2008Fête nationale communale
Ce n'est pas la garden-party de l'Elysée, mais plus modestement un apéritif champêtre en l'honneur du nouveau conseil municipal, élu il y a quelques semaines. Comme par hasard, l'événement se téléscope avec le Quatorzuillet, ce qui ne fait jamais qu'un prétexte supplémentaire pour lever le coude. Le cadre : une belle ferme périgourdine que nos hôtes ont retapée eux-mêmes il y a une quinzaine d'année. Lui, c'est l'archétype du baba-cool reconverti dans la rénovation de maisons traditionnelles, son look de grand rêveur chauve-au-sommet-du-crâne-avec-crinière-tombant-sur-les-épaules évoque irrésistiblement Gilles Vigneault ; elle, vive et fluette, conseillère municipale, a monté un atelier de poterie dans la commune. Deux soixante-huitards qui ont su s'adapter sans pour autant renoncer complètement à leurs rêves de vie alternative.
En fait d'apéro, la table à tréteaux dressée dans le jardin croule sous les salades, le taboulé, le boudin, les rillettes, les fromages, sans parler du fondant au chocolat. A côté sont alignés les pichets de punch, de sangria, une sélection de rouges et de rosés locaux. Dame, on est à la campagne, et il serait malséant que les invités repartent avec un petit creux.
Tout ce que cette commune de deux cents âmes compte de personnalités est là, c'est à dire (presque) tout le monde : les très anciens, les moins anciens, les pères et mères de famille, les ados, les gamins, les chiens, même les installés de fraîche date, nul n'aurait osé défier par son absence cet hommage aux élus. Point de mire de l'assemblée, le maire, petit chauve jovial, se promène d'un groupe à l'autre, serre des pognes et gratifie chacun d'un commentaire approprié. Même l'ancien maire est là, pas rancunier pour deux sous.
Assurées de leur bon droit, les mamies ont réquisitionné les fauteuils de jardin. Chapeau de paille, maquillage et robe à fleur, les plus coquettes jouent la séduction. Les autres semblent avoir définitivement renoncé, et se contentent de se laisser griser par le blanc-cassis et par le tourbillon de gens et de paroles qui s'agite autour d'elles.
Tout ce petit monde trinque dans une ambiance bon enfant, s'amuse des migrations estivales des touristes et des cigognes, s'inquiète de l'abandon de la desserte du TER, ou commente le dernier arrêté municipal réglementant la cueillette des champignons. Ils sont entrepreneurs de travaux publics, mécaniciens, ingénieurs agronomes, animateurs de club de loisir, artiste-peintres… On chercherait presque en vain un maraîcher ou un éleveur de canard, preuve que la France rurale ne ressemble plus aux clichés d'antan. Seul point commun, ils arborent tous des bedaines plantureuses, nourries au confit et au bergerac, à coté desquelles P. et moi pourrions presque passer pour des gringalets souffreteux.
Interrogé, le maire se montre disert : pas si simple de gérer l'unique source d'eau potable du village, de préparer l'implantation de la future zône d'activité, tout en jetant un œil sur les milliers de circulaires envoyées chaque année par les autorités supérieures. Sans compter les plaintes croisées des administrés que la cloche de l'église empêche de dormir, et des administrés que le silence nocturne angoisse. Tout ça avec l'aide d'une secrétaire de mairie à mi-temps, et sans beaucoup de reconnaissance. Pas étonnant que personne ne se bouscule pour se faire élire.
Quant aux ados, ils méprisent ostensiblement ces mondanités champêtres, et se sont réfugiés au fond du jardin pour une partie de ping-pong endiablée.
Mais voilà que l'orage s'invite plus tôt que prévu, déclenchant un repli précipité vers l'intérieur. A regret, on se résigne à prendre congé. Dommage, l'après-midi commençait à peine, j'aurais bien aimé discuter un peu plus avec l'artiste-peintre, et il y avait encore plein d'excellent rosé dans le cubi. Allez, un dernier pour la route, et vive la République, une et indivisible !

06/07/2008Toponymie insolite
Là, j'ai besoin qu'on m'explique :
- Pourquoi diable faudrait-il maintenant remiser les jorelles au placard ? On les ressortira l'hiver prochain ?
ou alors :
- Qui donc est cette Jorelle à qui l'on fait les faveurs de remises exceptionnelles ? C'est les soldes ?
A votre tour de donner libre cours à vos interprétations...
05/07/2008Valse avec Bachir
D'autres ont écrit sur ce film
ici
et là
beaucoup mieux que je n'aurais pu le faire moi-même.
Allez le voir.
C'est tout.  |