Fête nationale communale
Ce n'est pas la garden-party de l'Elysée, mais plus modestement un apéritif champêtre en l'honneur du nouveau conseil municipal, élu il y a quelques semaines. Comme par hasard, l'événement se téléscope avec le Quatorzuillet, ce qui ne fait jamais qu'un prétexte supplémentaire pour lever le coude. Le cadre : une belle ferme périgourdine que nos hôtes ont retapée eux-mêmes il y a une quinzaine d'année. Lui, c'est l'archétype du baba-cool reconverti dans la rénovation de maisons traditionnelles, son look de grand rêveur chauve-au-sommet-du-crâne-avec-crinière-tombant-sur-les-épaules évoque irrésistiblement Gilles Vigneault ; elle, vive et fluette, conseillère municipale, a monté un atelier de poterie dans la commune. Deux soixante-huitards qui ont su s'adapter sans pour autant renoncer complètement à leurs rêves de vie alternative.
En fait d'apéro, la table à tréteaux dressée dans le jardin croule sous les salades, le taboulé, le boudin, les rillettes, les fromages, sans parler du fondant au chocolat. A côté sont alignés les pichets de punch, de sangria, une sélection de rouges et de rosés locaux. Dame, on est à la campagne, et il serait malséant que les invités repartent avec un petit creux.
Tout ce que cette commune de deux cents âmes compte de personnalités est là, c'est à dire (presque) tout le monde : les très anciens, les moins anciens, les pères et mères de famille, les ados, les gamins, les chiens, même les installés de fraîche date, nul n'aurait osé défier par son absence cet hommage aux élus. Point de mire de l'assemblée, le maire, petit chauve jovial, se promène d'un groupe à l'autre, serre des pognes et gratifie chacun d'un commentaire approprié. Même l'ancien maire est là, pas rancunier pour deux sous.
Assurées de leur bon droit, les mamies ont réquisitionné les fauteuils de jardin. Chapeau de paille, maquillage et robe à fleur, les plus coquettes jouent la séduction. Les autres semblent avoir définitivement renoncé, et se contentent de se laisser griser par le blanc-cassis et par le tourbillon de gens et de paroles qui s'agite autour d'elles.
Tout ce petit monde trinque dans une ambiance bon enfant, s'amuse des migrations estivales des touristes et des cigognes, s'inquiète de l'abandon de la desserte du TER, ou commente le dernier arrêté municipal réglementant la cueillette des champignons. Ils sont entrepreneurs de travaux publics, mécaniciens, ingénieurs agronomes, animateurs de club de loisir, artiste-peintres… On chercherait presque en vain un maraîcher ou un éleveur de canard, preuve que la France rurale ne ressemble plus aux clichés d'antan. Seul point commun, ils arborent tous des bedaines plantureuses, nourries au confit et au bergerac, à coté desquelles P. et moi pourrions presque passer pour des gringalets souffreteux.
Interrogé, le maire se montre disert : pas si simple de gérer l'unique source d'eau potable du village, de préparer l'implantation de la future zône d'activité, tout en jetant un œil sur les milliers de circulaires envoyées chaque année par les autorités supérieures. Sans compter les plaintes croisées des administrés que la cloche de l'église empêche de dormir, et des administrés que le silence nocturne angoisse. Tout ça avec l'aide d'une secrétaire de mairie à mi-temps, et sans beaucoup de reconnaissance. Pas étonnant que personne ne se bouscule pour se faire élire.
Quant aux ados, ils méprisent ostensiblement ces mondanités champêtres, et se sont réfugiés au fond du jardin pour une partie de ping-pong endiablée.
Mais voilà que l'orage s'invite plus tôt que prévu, déclenchant un repli précipité vers l'intérieur. A regret, on se résigne à prendre congé. Dommage, l'après-midi commençait à peine, j'aurais bien aimé discuter un peu plus avec l'artiste-peintre, et il y avait encore plein d'excellent rosé dans le cubi. Allez, un dernier pour la route, et vive la République, une et indivisible !

17/07/08 - 22:40
Sac à vin !
CREVETTE !
hercule