Eldorado
D'entrée, on est dans un registre insolite et foutraque : un solide gaillard, ours bourru et solitaire, fait ami-ami avec son jeune cambrioleur, après avoir hésité à lui fracasser le crâne à coup de barre de fer. Et les voilà partis à l'aventure sur les routes de Belgique, dans un road-movie déjanté (parfois au sens propre), où les cabots tombent du ciel, les collectionneurs de voitures anciennes s'avèrent être d'inquiétants psychopathes nécrophiles, et les conducteurs de camping-car se balladent à poil et s'appelent Alain Delon… Tout un non-programme.
Ces séquences hilarantes sont rythmées par les longues traversées silencieuses, plans larges sur le paysage, avec musique adéquate, sauf qu'en lieu et place des larges horizons déserts du midwest américain, la caméra balaye le ciel (si bas), les nuages (qui rient ou qui pleurent), les forêts de sapins (noirs et embrumés), la terre wallonne (grasse et humide), ou les faubourgs des villes industrielles (glauques, forcément glauques).
Ils sont à la poursuite de leur histoire, de leurs regrets, de leurs blessures, en quête d'un impossible Eldorado, celui d'une famille qu'ils auraient aimé avoir, d'un frère qu'ils n'ont plus, d'un peu de compassion et de chaleur humaine, tout simplement. Seul passage du film qui m'a moins convaincu : un couplet un peu forcé sur la valeur supérieure des liens familiaux. Cela mis à part, c'est drôle, poétique, émouvant, terriblement noir, tout à la fois. Ca se laisse voir et on en sort réjoui et vaguement déstabilisé.
Deux solitudes qui se frôlent sans jamais se rencontrer vraiment. C'est un scénario qu'on connaît tous, non ?